Qui n'a pas un jour entendu ces paroles ..

Quelle poisse ! Maintenant que mes parents sont décédés, avec mes frères et soeurs, il faut qu'on vide la maison.. Faut absolument le faire avant la mise en vente... Je ne sais pas ce qu'on va faire de tout ça.. On a bien pris des bricoles qui nous plaisaient mais on a déjà tout ce qu'il nous faut et les enfants, ils ne veulent rien du tout, pour eux tout ça c'est ringard..

Pourtant rappelons nous.. Quand nous étions petits.. On aimait bien venir se refugier dans cet univers suranné, étrange et pourtant rassurant des maisons des grands-parents, des oncles et tantes.. Ces univers dont le décor superposait plusieurs générations d'objets ou de meubles hérités au fil du temps et agencés au mieux avec ceux de l'époque.. Cela formait ce cocon confortable que nous étions heureux de retrouver à chaque vacances ou quand les parents partis en voyage nous laissaient chez "Papy et Mamy" pour plusieurs jours.. Tant de surprises nous attendaient en ouvrant comme des voleurs les portes d'une vieille armoire .. Des odeurs de "vieux" s'en échappaient. Des odeurs d'un temps ancien qui nous ramenait à des gens pour la plupart inconnus de nous mais qui revivaient furtivement le temps de ces bravades. Parfois nous étions surpris dans notre exploration par une grand-mère qui arrivant dans notre dos nous disait : Tu vois tout ça c'est des draps que m'ont laissé mes parents. Je crois même que certains datent de leur parents. Attends on va regarder y'a leurs initiales. Ils sont tous neufs, ils n'ont jamais servis. Y'en a d'autres à user avant.. Tiens tu vois dans cette vieille boite en fer ce sont les médailles militaires de l'oncle Pierre.. Ah oui ! C'est vrai toi tu l'as pas connu, t'étais pas né quand il est mort..

Et que dire des plus téméraires qui pendant la sieste "générale" s'aventuraient à gravir comme un chat les marches grinçantes du grenier.. Pour entrer dans un univers mystérieux, un capharnaüm de meubles, de valises, de jouets cassés ou de vieux vélos où seule la lumière filtrant au travers des carreaux de verre au milieu des ardoises apportaient la clarté nécessaire à se glisser dans ce monde immobile sans trop se faire peur.. Au hasard des malles ouvertes on decouvrait un peu de la vie de ceux qui nous avaient précédés dans la famille. Des photos gondolées et jaunies de mariages, d'homme posant sérieusement dans leur uniforme de militaire, des photos de ripailles familiales sous les arbres.. de vacances. Des livres d'écoles emballés avec soin dans du papier journal entouré de ficelle, qu'on s'empressait de dater en cherchant avec l'index. Généralement, en quittant ce monde parallèle, couvert de poussière et de toiles d'araignées, on avait glissé dans sa poche un souvenir de cette immersion dans le temps.. Une carte postale rigolote, une pipe à la Sherlock Holmes. un vieux paquet de tabac éventé mais dont le look rétro faisait rêver de voyages.. Une vieille poupée à laquelle il manquait une jambe mais qui pouvait encore servir..

Aujourd'hui, alors qu'on nous fait croire que pour être dans le coup il faut se meubler chez les suédois, que pour s'équiper ad hoc il faut importer chinois. Tout ce patrimoine familial, simple et intime se trouve à tellement nous gêner que l'on ne trouve même pas anormal de brûler de l'essence en allers et retours dans les dechéteries dans le seul but de se débarraser et finalement amener à la destruction ce qui a fait notre histoire familiale. Alors que du temps où la mondialisation consumériste n'existait même pas en rêves, nos aïeux s'étaient saignés pour acquérir ces biens, en faisant travailler des commerçants qu'ils connaissaient, des artisans qu'ils respectaient. Tout ça pour s'élever socialement mais aussi apporter un confort à leur progéniture..

C'est vrai ! La vie d'aujourd'hui ne ressemble pas à celle d'hier.. Quoique les événements récents risquent dans un avenir proche de me contredire.. Bien entendu on ne peut pas tout garder.. Mais détruire des biens en bon état même démodés sous le seul prétexte qu'ils ne nous ont rien coûté et qu"on n'a pas le temps" et "pas de place" est une mauvaise raison. Si les objets anciens ou d'occasion sont encore là, c'est d'une part qu'ils sont de bonne qualité. D'autre part parce qu'ils ont été entretenus car on savait ce qu'ils coutaient.. On ne les achetait par en un clic sur le net, sans savoir vraiment si on pouvait se les offrir. Il s'agissait d'achats réfléchis parce que payés avec de l'argent patiemment économisé...

J'ai une théorie toute à moi, elle vaut ce qu'elle vaut mais je vous la partage.. Les objets anciens ou d'occasion ne peuvent nous apporter que du positif.. Ils nous envoient de bonnes ondes, tout simplement parce que ceux qui les détenaient auparavant les ont tellement regardés, choyés, astiqués qu'ils leur ont laissé une part de leur âme.. Et c'est cela que nous ressentont quand à notre tour nous en sommes les détenteurs.. Un bonheur indicible mais réel..

Fini les services de table jetés dans les bennes, fini les archives et les livres même pas lus, balancés comme des déchets.. Fini les meubles massacrés dans une certaine jouissance, il faut le dire.. Atavisme de vandales..

Nous ne devons plus être les fossoyeurs des biens matériels réutilisables, nous devons en être les passeurs tant qu'ils sont en vie.. Et quand on n'en veut vraiment pas.. On les donne aux Pillawers qui sauront en faire profiter le Patrimoine.

Patrimoine pour Patrimoine..! Y'a pas de hiérarchie, que du bon sens.